1979 ma RDA à moi

lundi 9 novembre 2009
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l y a 30 ans, déjà 30 ans, je posais le pied sur le sol de la République Démocratique Allemande, j’avais 21 ans.

Militant de la CGT Nord Pas de Calais je faisais partie d’un groupe de jeunes qui se rendait en RDA.

Rassemblés à la gare de Lille, des dizaines d’enfants, familles d’ouvriers comme on en est fiers, chahutaient en attendant leur monos car la RDA accueillait chaque année des centaines de ces tiots qui ne seraient jamais partis en vacances, A ma connaissance je n’en ai connu aucun qui l’ait regretté, bien au contraire, ils étaient les princes, la solidarité de classes n’avait pas de frontière.

Le voyage en train fut très long, éprouvant, à l’époque la bière et le militant formaient un couple redoutable, toute la nuit ça voyageait dans les wagons, pas une minute de silence, de repos. Les mecs repéraient les filles et vice versa, les vacances quoi.

Imaginez ces années là, 1979, le mouvement punk explosait en Europe, la jeunesse se battait sur tous les fronts, les jeunesses communistes de France comptaient des dizaines de milliers d’adhérents, les lycées en grève, la sidérurgie en lutte trahie par le socialiste Davignon et le père Chérèque, la bataille était d’une terrible dureté mais quand nous perdions nous reculions en ordre pour mieux y retourner, des enragés,

L’accueil fut typiquement allemand, des fleurs, des embrassades sauf que,,,le dirigeant de la FDGB n’appréciait pas mon blouson noir, un Perfecto, il avait décidé que j’étais un fasciste, il est vrai que je sus plus tard que ce type de blousons étaient portés chez les nazis,,,,

La situation était étrange, j’encadrais un groupe et un dirigeant syndical refusait que je reste sur le territoire et bien sur, je ne parlais pas un mot de sa langue.

La crise se dénouât assez rapidement j’eu l’idée de lui remettre, cela semble si puéril, une faucille et un marteau, taillés dans du laiton, cela nous servait de poings américains pendant les grèves dans mon collège technique, oui c’était la guerre sociale.

Il prit la chose, me toisât et l’embrassade enfin, j’étais arrivé chez moi.

Le soir les allemands nous offrirent le repas, une coutume, les français ne devaient pas se relever et après cette nuit de train...

Il fut décidé que je déclencherais l’irrémédiable, le tour de chaque table pour un toast, une heure après je baignais dans une volupté radieuse, le Korn jus de fraise avait fait son oeuvre,

Parti satisfaire un besoin que l’on dit naturel, à mon retour plus un français, la RDA menait par un point à zéro.

Le séjour prévu pour trois semaines fut extraordinaire, je l’affirme, il y eut de toutes les émotions, de toutes folies qui se commettent à cet âge.

Hébergés à Ballenstadt, district de Halle, nous descendions le soir pour rencontrer les autres jeunes qui s’éclataient à coups de 125cc, chaque soir les anciens manifestaient la crainte de bagarres, jamais, jamais un accrochage, plutôt beaucoup d’amourettes, d’échanges de clopes, les Boyard, firent un malheur.

Chaque soir donc nous allions dans un café comment dire crémerie, les gâteaux proéminents, un étalage de crèmes, ce lieu ne se vidait que très tard et pourtant tous ceux qui le fréquentaient bossaient le lendemain,

C’est en visitant une entreprise, modèle ou non je l’ignore, que j’ai mieux compris pourquoi on pouvait se coucher tard en RDA pour moi qui bossait en usine.

Un rythme de travail sans rythme dirais-je, l a crèche dans l’usine, les salles de sport et de détente dans l’usine, les repas dans l’usine, l ’arrivée et le départ dans l’usine,

Non pas pour y améliorer le rendement, y cloitrer les travailleurs, non pour que l’organisation de sa vie lui offre le plus de possibilités d’être avec les siens, déjà en 1979 en France rappelez-vous...

Donc visites d’entreprises, une journée de travail volontaire pour le Chili je crois, cela consistait à cueillir des cerises sur des cerisiers nains comme nous n’en avions jamais rencontrés, notre récolte fut pitoyable, en bon français.

Petit Platch était membre du syndicat, il conduisait l’un de nos minibus, quand nous le poussions à rouler vite, il faisait : « nein, nein, permis kaputt », il nous disait que tout militant qu’il soit il ne pouvait attendre aucun cadeau, c’est cela la RDA.

Pour nous accompagner nous avions des étudiant(e)s des FDJ et une interprète qui parlait couramment le Stasi.

La Stasi justement, nous l’évoquions chaque jour, sans retenue, les allemands nous répondaient sans retenue, police populaire, rien ne me laisse croire encore aujourd’hui qu’ils tremblaient de peur ou alors ils le dissimulait avec un certain brio.

Chaque jour nous recevions l’Humanité, les pays socialistes en achetaient beaucoup mais ne le dites pas, nous ne leur devons rien, on les connaissait même pas alors,

Donc l’Huma pouvait avoir un format étrange, à fenêtre, là où l’article déplaisant était passé soure les lames des ciseaux, nous demandions où étaient les fen^tres et ils nous répondaient »quelles fenêtres » et on se marrait tous.

Elianne, je crois qu’elle se prénommait ainsi notre interprète, en bonne police populaire se mêlait sans souci à nos bains de minuit glacés, il arrivât que ses vêtements flottasent en haut du mat porte drapeau, elle était écroulée de rire, ah la Stasi.

Par un savant calcul nous primes un train à vapeur, un vair, avec ses volutes noires et ce bruit de train à vapeur, à notre arrivée une équipe de la télé ouest allemande filmait, plus tard elle présentera ce train comme un des moyens de locomotion des plus rapides de la RDA, ce train unique devenu une généralité.

Ce qui nous étonnait le plus, à chaque achat, tenait à ce que chaque objet avait un prix fixe, Berlin ou Halle, même étiquette, pas de triche, rien de tout cela, en France l’inflation dérapait on se battait je crois me souvenir sur des revendications mensuelles toujours débordées par l’inflation, là pas de surprise.

Nous ne manquions pas de provoquer nos hôtes, les libertés, la musique, le Rock’n Roll, toujours nous butions sur cet aspect, ce qui venait de l’autre côté était malsain, mauvais, avec le temps de la réflexion je pense qu’ils construisaient une société avec des repères qu’ils ne voulaient pas être d’une société puérile de consommation. Je m’interroge, c’est étrange, si sur ce plan, leur socialisme n’était le plus dangereux pour l’adversaire de classe, les Allemands de l’Est étaient en train de créer une nation socialiste, sans compromis.

De mon séjour à Halle, je me souviens de ces soldats de l’Armée Rouge que nous croisions, ils faisaient du tourisme en groupe, sans plus de soucis que cela, la casquette repoussée sur le front, débonnaires, une armée d’occupation pour certains, 30 millions de morts et une Allemagne libérée pour moi.

La découverte du mémorial de l’Armée Rouge était un autre choc mais on peinait à bien saisir l’ampleur de la catastrophe nazie, le coup et le coût terribles pour l’humanité.

Ce fut à Berlin que des officiers français tentèrent de nous persuader que nous circulions en totale liberté parce que communistes, lorsque je leur demandais si ils l’étaient ils faillirent s’étouffer de rage, ils se pavanaient en uniforme de l’armée française en toute liberté.

En recherchant les cadeaux à ramener je croisais un groupe d’hommes et l’un d’eux ne m’était pas inconnu, plus tard je m’aperçus qu’Erich Honecker...

Nous participâmes également aux activités des FDJ, fatalement en quelques heures chacun portait la chemise bleue et l’écusson tant envié.

La fête foraine qui se tenait à proximité du mur antifasciste avait un air comme dans un film de Jeunet, réac diront les réacs, bon enfant diront les humains, de l’autre côté une sono déversait en permanence du hard rock, la RFA a toujours eu beaucoup de respect pour sa voisine.

Pendant ces jours, les idylles s’installaient dans la durée et promettaient pour le départ.

Chaque matin le petit déj, qui finira par nous filer des boutons, tout fait de charcuterie, confitures, thé, omelettes, la totale, les amoureux trainaient, la FDGB veillait.

Le concours sportif , on s’en doute, virât largement à l’avantage de la Cgt les 5 première minutes puis se déroulât un festival Est Allemand et là, promis, hormis le Korn, pas de dopage, que des fruits et un petit alcool léger. La RDA menait par deux manches à zéro.

Il était difficile d’échapper à l’emploi du temps mais cette journée là personne ne voulut monter de faiblesse et ce fut Buchenwald.

Il n’y a rien à raconter, ne vous méprenez pas, c’est impossible, 30 ans après c’est au même point dans ma tête.

Nous sommes en plein mois d’août, le soleil resplendit, nous tremblons toutes et tous, plus un mot, il faudra que nous nous nous écroulions dans l’herbe, chacun dévisageant l’autre pour y surprendre la même souffrance, la même honte.

La parole finit par s’installer, des voix étouffées, des sanglots contenus, je n’ai jamais connu une telle incompréhension, nous n’y arrivions pas.

Le soir en silence, onze jeunes adhérèrent la la Jeunesse Communiste, sans rien demander, c’étaient leurs mots à eux.

Le dernier soir les français rendaient la monnaie de leur pièce à leurs hôtes, menés deux manches à zéro, ne restait que le KO technique pour gagner.

Le repas français se révélât confondant. Mart... en apéro à volonté, steacks grillés au feu de bois, frites fraiches cuites au même feu de bois, le tout arrosé au Pastis qui remplaçât toute autre boisson durant tout le repas.

A 23h retentissait le cocorico victorieux, KO technique.

Nos trois semaines ne furent pas que beuveries, loin s’en faut, la chaleur, la fraternité, la solidarité de travailleurs envers d’autres travailleurs voilà ce qui fait des victoires.

Vous penserez que bien sur 30 ans après tout est joli, je ne le crois pas, si je suis demeuré fidèle à cet idéal, la RDA que j’avais rencontrée y était pour beaucoup, cela s’ajoutant à ces femmes et hommes extraordinaires du Nord Pas de Calais qui n’ont jamais renoncé.

30 années ont passé et de ce groupe plusieurs sont devenus des dirigeants de la CGT ou du Parti Communiste Français aucun n’a jamais oublié la RDA, et les Allemands de l’Est devaient bien y être pour quelque chose.

- Alain Girard


http://camarade.over-blog.org/artic...

Commentaires  (fermé)

Logo de vorace_53
dimanche 19 août 2012 à 19h40 - par  vorace_53

J’ai lu votre article avec intérêt. J’ai grandi dans ce pays qui n’existe plus. Aujourd’hui, je suis français mais, à dire vrai, mon passé me tracasse toujours. J’aimerais discuter avec vous.

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